Génétique comportementale : la science explique pourquoi les petits chiens sont souvent plus nerveux

Lien copié ✓

Ils sont petits, adorables, et souvent prêts à donner l’alerte au moindre bruit ! Mais pourquoi certains petits chiens semblent-ils plus réactifs que leurs congénères de grande taille ? La réponse ne se trouve pas uniquement dans leur éducation. Les recherches en génétique comportementale montrent en effet que certaines races possèdent des prédispositions qui influencent leur manière de gérer les émotions. Explications.

Illustration : "Génétique comportementale : la science explique pourquoi les petits chiens sont souvent plus nerveux"

Qui n’a jamais entendu dire que les petits chiens étaient plus nerveux que les grands ? Derrière ce cliché se cachent pourtant des comportements bien réels : aboiements répétés, réactions intenses face aux inconnus ou aux autres chiens, difficulté à gérer certains bruits ou changements… Ces attitudes sont-elles uniquement le fruit de l’éducation ? Pas tout à fait.

Une histoire de gènes et d’expériences

Tous les petits chiens qui aboient à l’approche d’un inconnu ne sont pas pour autant dotés d’un « mauvais caractère ». Leur comportement résulte d’une interaction permanente entre leur patrimoine génétique et les expériences qu’ils vivent.

C’est ce qu’a montré l’étude de référence menée par Evan MacLean et ses collègues*. En analysant le comportement de plus de 14 000 chiens appartenant à 101 races, ces chercheurs américains ont mis en évidence que certaines différences de tempérament entre les races possèdent une composante héréditaire. Des variantes génétiques étaient associées à des traits tels que la sociabilité, la peur, la sensibilité émotionnelle ou encore la réactivité.

Autrement dit, les gènes ne déterminent pas le comportement d’un chien comme un programme informatique. Ils dessinent plutôt un ensemble de prédispositions qui s’exprimeront, ou non, selon l’environnement, la socialisation et les expériences vécues.

Cette découverte permet de dépasser une idée reçue : si certains petits chiens semblent plus anxieux ou plus réactifs, ce n’est pas simplement parce qu’ils sont « trop gâtés » ou « mal éduqués ». Leur patrimoine génétique peut influencer leur comportement.

Pourquoi les petits chiens semblent-ils parfois plus réactifs ?

Si la génétique joue un rôle, elle n’explique pas tout. Plusieurs facteurs semblent en effet se combiner.

Le premier est tout simplement… leur taille ! Imaginez le monde lorsque l’on pèse 3 kilos face à un chien de 40 ! Dans une vaste étude publiée dans Scientific Reports**, J. Puurunen et ses collaborateurs ont montré que les chiens de petite taille exprimaient plus souvent de la peur envers les inconnus et les autres chiens. Les auteurs avancent une explication simple : lorsqu’on est plus petit, on est aussi plus vulnérable. Dans certaines situations, aboyer ou réagir rapidement peut donc constituer une stratégie de protection plutôt qu’un signe d’agressivité.

Les chercheurs soulignent aussi un facteur plus humain. Sans nous en rendre compte, nous n’éduquons pas toujours les petits chiens comme les grands. Un Chihuahua qui grogne amuse souvent son entourage ; un Berger Allemand provoque, quant à lui, une réaction immédiate. Les petits chiens bénéficient ainsi parfois d’une socialisation moins complète ou d’un apprentissage moins rigoureux, parce que leurs comportements sont perçus comme moins préoccupants.

Une autre étude, menée par E. Hakanen***, aboutit à des conclusions similaires. Les chiens de petite taille présentaient plus souvent des peurs dites « non sociales », comme la peur du tonnerre, de certaines surfaces ou des hauteurs. Les auteurs suggèrent qu’en voulant protéger ces petits compagnons, leurs propriétaires les exposent parfois moins à des situations nouvelles, ce qui limite les occasions d’apprendre que ces situations ne représentent aucun danger.

Une combinaison de facteurs

Au final, la réactivité des chiens de petite taille est liée à un ensemble de facteurs qui interagissent : une plus grande vulnérabilité physique, des habitudes éducatives parfois différentes, des expériences de vie spécifiques et une part de prédispositions génétiques.

Les généticiens parlent d’héritabilité pour désigner la part des différences comportementales attribuable aux variations génétiques au sein d’une population. Ils évoquent aussi la pléiotropie, c’est-à-dire le fait qu’un même gène puisse influencer plusieurs caractéristiques. Il est donc possible que certains gènes impliqués dans la petite taille participent également à certains traits émotionnels.

Mais s'il y a bien une chose essentielle à retenir, c'est que les prédispositions ne sont jamais une fatalité. Un chiot bien socialisé, progressivement habitué à son environnement et accompagné avec des méthodes respectueuses peut développer d’excellentes capacités d’adaptation, quelle que soit sa race ou sa taille.

Comme souvent en comportement canin, il n’existe pas une seule explication, mais une multitude de facteurs qui entrent en jeu. Et c’est précisément cette rencontre entre génétique, expériences et relation avec l’humain qui fait de chaque chien un compagnon unique.

*MacLean, E. L., et al., « Highly heritable and functionally relevant breed differences in dog behaviour », Proceedings of the Royal Society B, 286, 2019, 20190716.

**Puurunen, J., et al., « Inadequate socialisation, inactivity, and urban living environment are associated with social fearfulness in pet dogs », Scientific Reports, 10, 2020, 3527.

***Hakanen, E., et al., « Active and social life is associated with lower non-social fearfulness in pet dogs », Scientific Reports, 10, 2020, 13774.

Aucun commentaire

  • Soyez le premier à commenter cet article !
  • Image de profil