Pourquoi de nombreux chiens ont-ils les oreilles tombantes contrairement aux loups ? La réponse des scientifiques

Aujourd’hui, il n’est pas rare d’observer des oreilles tombantes chez de nombreuses races de chiens. Pourtant, leurs ancêtres sauvages, comme le loup, arborent des oreilles droites. Cette différence serait liée à un ensemble de transformations apparues au fil de la domestication. D’après une étude scientifique parue en 2014, la sélection des animaux les plus calmes par l'être humain aurait modifié le développement de certaines cellules présentes très tôt chez l'embryon. Ces modifications auraient ensuite influencé la forme des oreilles, mais aussi d'autres caractéristiques physiques et comportementales.

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Publiée dans la revue Genetics*, cette étude s'intéresse à un phénomène connu sous le nom de « syndrome de domestication ». Depuis longtemps, les scientifiques observent que de nombreuses espèces domestiquées présentent des points communs. En plus d'être plus dociles, elles ont souvent des oreilles tombantes, un museau plus court, des dents plus petites, des taches blanches sur le pelage ou encore une queue plus recourbée.

Les chercheurs ont voulu comprendre si tous ces traits pouvaient avoir une origine commune. Pour cela, ils se sont appuyés sur les connaissances disponibles en biologie du développement, en génétique et en évolution. Leur travail ne repose pas sur une nouvelle expérience, mais sur l'analyse et le rapprochement de nombreuses études menées sur différentes espèces de mammifères domestiqués.

Leur hypothèse concerne les cellules de la crête neurale. Présentes chez l'embryon, ces cellules migrent ensuite dans tout l'organisme pour former plusieurs tissus. Elles participent notamment au développement des os du visage, du cartilage des oreilles, des cellules responsables de la couleur du pelage, des glandes surrénales et d'une partie du système nerveux.

Selon les auteurs de cette étude, lorsque les humains ont sélectionné, génération après génération, les animaux les moins craintifs et les moins agressifs, cette sélection aurait aussi modifié le fonctionnement de ces cellules.

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Des oreilles tombantes chez de nombreux chiens

Les chercheurs estiment qu'une légère diminution du nombre ou de l'activité des cellules de la crête neurale pourrait expliquer une grande partie des caractéristiques observées chez les animaux domestiques.

Dans le cas des oreilles, ces cellules participent à la formation du cartilage. Si leur développement est un peu réduit, le cartilage devient moins rigide. Les oreilles ont alors davantage tendance à retomber, comme c'est le cas chez de nombreuses races de chiens. À l'inverse, le loup conserve des oreilles droites, car il n'a pas été soumis à cette longue sélection pour la docilité.

Cette même explication pourrait aussi éclairer d'autres différences. Les glandes surrénales, qui jouent un rôle important dans la réponse au stress, sont elles aussi en partie issues des cellules de la crête neurale. Une légère réduction de leur développement pourrait contribuer à rendre les animaux moins réactifs face aux situations stressantes. Cela correspond justement au principal critère retenu par les humains lors de la domestication.

Les auteurs soulignent également que les variations de couleur du pelage pourraient découler du même phénomène. Les cellules qui produisent les pigments proviennent elles aussi de la crête neurale. Une migration moins importante de ces cellules pourrait entraîner l'apparition de zones blanches sur le corps, un trait fréquent chez plusieurs espèces domestiques.

Cette théorie offre ainsi une explication unique à des changements qui semblaient, jusque-là, sans lien entre eux. Elle montre que la sélection du comportement peut avoir des conséquences sur de nombreux aspects de l'apparence.

Les chercheurs précisent néanmoins que toutes les espèces ne présentent pas exactement les mêmes caractéristiques, et d'autres mécanismes génétiques interviennent sans doute selon les cas.

* « The “Domestication Syndrome” in Mammals: A Unified Explanation Based on Neural Crest Cell Behavior and Genetics », Adam S. Wilkins, Richard W. Wrangham, W Tecumseh Fitch, Genetics, 2014.

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