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Emma Greset (et sa chienne Joy)

La présence de Joy a changé ma vie

Emma and Joy

Emma and Joy

Emma et Joy, Joy et Emma, peu importe le sens. L’une ne va plus sans l’autre. Emma Greset, 16 ans en ce mois de décembre, est une lycéenne pleine d’énergie, de sagesse et de recul sur la vie. Depuis sa naissance, l’adolescente est épileptique. Une maladie diagnostiquée tardivement. Il y a un an et demi, elle rencontre sa chienne, Joy. Ce Berger Australien et sa maîtresse disputeront, le 11 décembre, les demi-finales de La France a un incroyable talent, sur M6. Après des auditions émouvantes, la jeune femme a accepté de répondre à nos questions.

Emma, peut-on dire que Joy est un don de la nature pour vous ?

Tout à fait. Lorsque j’ai adopté Joy, je ne savais pas qu’elle aurait ce pouvoir de sentir mes crises d’épilepsie. Je ne savais d’ailleurs même pas qu’un chien pouvait faire cela. J’ai été impressionnée et, en me renseignant, je m’aperçois que de nombreuses personnes ignorent ces capacités rares. J’ai la chance, chez Joy, que ces capacités soient innées.

Vous confirmez que Joy n’a reçu aucune formation en amont ?

Du tout. C’est bien évidemment totalement différent des chiens qui sont formés pour détecter l’apparition des crises. Avec Joy, en fait, tout est lié sur notre relation. Elle n’a jamais donné l’alerte pour quoi que ce soit. Il n’y a aucun apprentissage, c’est naturel.

Comment avez-vous pris conscience que Joy vous alertait ?

J’ai mis pas mal de temps à m’en rendre compte. Au départ, Joy n’avait que 2 mois lorsqu’elle a donné l’alerte pour la première fois. Je me demandais si ma chienne n’était pas folle, ou si je n’avais pas un problème de comportement (rire). Et puis, au fur et à mesure que cela se répétait, je me suis aperçue qu’elle donnait toujours l’alerte de la même façon. Cela ne pouvait pas être une coïncidence.

Concrètement, comment se passe l’approche d’une crise ?

Elle la détecte grâce aux odeurs dégagées par mon corps. Lorsqu’une grosse crise arrive, Joy se montre énervée. Elle me tire par la manche, par le pantalon. Elle s’accroche à moi. Il y a encore 2 jours, j’ai subi une crise en pleine nuit. Elle n’a pas hésité à tirer ma couette jusqu’à l’autre bout de ma chambre. Pour les autres crises, que ce soit les spasmes ou les absences, elle n’a généralement pas le temps de les prévoir. Quand elle s’en rend compte, elle aboie. Dans ces cas-là, elle me sert davantage de soutien, de point de repère. Elle me monte dessus, je la caresse. Je me concentre ainsi sur moi-même, mais aussi sur ma chienne.

La malchance d’avoir 3 types d’épilepsie

La voir s’agiter est-il un facteur de stress supplémentaire dans l’approche d’une crise ?

Auparavant, cela me mettait une petite pression, c’est vrai. Désormais, c’est devenu une habitude, mon quotidien. J’ai le temps, justement, de prévenir quelqu’un qu’une crise arrive. Je peux aussi me coucher. Joy va se mettre sous ma tête pour la protéger.

Depuis quand êtes-vous épileptique ?

Depuis la naissance. Néanmoins, le diagnostic n’est tombé qu’il y a deux ans. J’ai cette maladie dans mes gênes. J’ai, en plus, la malchance d’avoir 3 types d’épilepsie. J’ai donc les absences, qui peuvent varier entre une et 10 par jour quand je suis sous traitement. Il y a aussi des crises de spasmes et puis les crises générales, les plus dangereuses. Je tombe et je convulse.

Emma and Joy © Lola Ledoux

Aucun traitement médical n’a eu l’effet de Joy ?

Je suis pharmacorésistante. Aucun traitement ne me convient réellement. Nous n’en trouvons pas un qui parvienne à me stabiliser. Joy m’aide beaucoup pour mon épilepsie. Elle m’aide à le gérer, mais elle ne peut empêcher les crises.

En faites-vous moins depuis son arrivée il y a un an et demi ?

J’en fais moins la journée, c’est vrai, mais davantage la nuit. Je fais cependant moins d’absences, et lorsque j’en fais, elles sont moins longues.

Avez-vous eu des explications médicales sur le don de votre chienne ?

Il n’y en a aucune de logique. Il y a très peu de cas en France avec qui je peux me comparer, puisqu’il n’y en a que 3 dans un centre de formation. Joy est un chien hors centre de formation. Il s’agit d’un gros trou scientifique, si je peux m’exprimer ainsi.

Je m’assume avec ma maladie

En quoi Joy a changé votre vie ?

Emma and Joy En tout. Sa présence a permis de changer ma vie. Dans mon quotidien, par exemple, avec mes amis. Avant, je ne sortais plus. Je ne voulais même plus aller au lycée. J’ai eu quelques conflits avec mes parents. Je m’étais coupée de mes relations sociales. C’est là que Joy m’aide énormément. Ma maladie n’est plus un obstacle.

Vous l’avez acceptée ?

Oui, elle fait partie de moi. Je m’assume avec. Je n’ai d’ailleurs plus aucun mal à en parler. La route prise aurait certainement été différente sans elle, même au niveau de ma scolarité.

Une scolarité qui se passe, en plus, sans encombre…

Je suis actuellement en 1ère S dans l’optique d’avoir un Bac Scientifique. Joy m’accompagne tous les jours au lycée. Mes camarades ont fait de Joy une mascotte, et elle a vite été intégrée comme une élève à part entière.

On sent beaucoup de maturité dans vos propos. Est-ce un autre apport bénéfique de Joy ?

Je ne sais pas si cela vient d’elle. Vous savez, pendant mon adolescence, ma maman a été un peu malade. J’ai dû me débrouiller seule, je m’occupais de ma petite sœur, je faisais beaucoup de tâches ménagères. Cela m’a aidé à devenir plus responsable, à prendre conscience de ce qui m’entoure.

Dans le futur, combiner animalier et scientifique

La France entière vous a découvert lors des auditions de La France a un incroyable talent. Votre participation est une façon de montrer les bienfaits et l’apport d’un animal de compagnie ?

En fait, tout le monde peut interpréter ma présence différemment et les objectifs qui en découlent. Ma vision des choses, c’est de montrer une version différente de l’animal de compagnie. Cela peut être des chiens de travail qui, au quotidien, aident l’humain. On ne doit pas gâcher cela en faisant n’importe quoi. Et puis, autre point, on peut aussi faire de son handicap une véritable force.

Considérez-vous, désormais, avec en plus les réseaux sociaux, que votre rôle est de sensibiliser le monde sur ce terrain ?

Un peu, oui. Mon but principal, pour l’émission, était de montrer ma relation avec Joy. En parallèle, il faut savoir que je me suis associée avec la Fédération pour l’épilepsie, car je souhaite montrer que la maladie doit être écoutée. Je n’ai pas envie que les autres vivent ce que j’ai pu vivre.

C’est-à-dire ?

Une infirmière m’accusait, avant le diagnostic, de simuler les crises. Le diagnostic a été très long. Quand on ne sait pas ce que l’on a, il y a toujours une perturbation. Cela a été un vrai soulagement quand j’ai pu mettre un nom sur ce que j’avais.

Emma and Joy

Au final, quel est le secret d’une telle complicité avec Joy ?

Il n’y en a pas vraiment. Il faut simplement créer sa propre relation. Ne pas reprendre celle d’un autre. Il faut répondre aux besoins de son chien. Si j’y réponds correctement, elle me le rendra du mieux qu’elle le pourra. Il faut savoir comprendre son animal.

Votre avenir professionnel passe-t-il par votre expérience personnelle ? Comment allez-vous combiner les deux ?

J'aimerais combiner le côté animalier avec le scientifique. Mais aussi avancer dans des causes peu connues, effectuer des découvertes. Comment un chien peut-il détecter et comprendre les odeurs d'un corps humain ? Je souhaiterais combler le vide que l’on a sur ce sujet. Nous avons beaucoup de projets avec Joy dans les années à venir. J'adorerais propager mes messages et avancer avec ma chienne. Et puis, qui sait, pourquoi ne pas créer, en parallèle, de nouveaux sports canins ?

En ce sens, la France a un incroyable talent peut-elle vous ouvrir des portes ?

On n’a pas forcément vu le meilleur de notre duo, car ce fut court. Mais mon message a eu le mérite de passer à travers toute la France. Oui, cela m’a ouvert des portes sur le fait que l’on soit écouté. C’est plus facile, par la suite, de collaborer pour des projets importants.

Un mot sur les demi-finales, sans nous révéler la finalité ?

Cela s’est superbement bien passé. Joy a été géniale, encore plus que pour les auditions. Après, le but, c’est que ma chienne soit à l’aise, qu’elle s’éclate.

Propos recueillis par Laurent Mazure