Stéphane Lamart, fondateur de l’association éponyme

Je suis né pour les animaux et je mourrai pour eux

Stéphane Lamart

Stéphane Lamart

Stéphane Lamart a trouvé depuis longtemps sa mission de vie : sauver les animaux et défendre leurs droits. Pour la mener à bien, il a fondé une association qui a soufflé sa 23e bougie cette année. Très actif dans le milieu de la protection animale depuis sa plus tendre enfance, sensible à la souffrance des petites bêtes et amoureux de la nature, le quadragénaire avait beaucoup de choses à raconter à la rédaction de Woopets !

Quelle est la genèse de l’association Stéphane Lamart ?

J’ai toujours été bercé par la protection animale. Dans mon enfance, je veillais déjà à ce que les oiseaux aient de l’eau dans le jardin durant l’été. En hiver, je construisais des cabanes pour protéger les hérissons contre le froid. Je faisais également attention à ne pas écraser les escargots qui sortaient par temps de pluie. Ainsi, j’ai toujours eu une sensibilité « normale », que tout être humain devrait avoir vis-à-vis des animaux.

À l’âge de 10 ans, j’ai commencé à m’intéresser de près à la défense des droits des animaux. Je lisais des magazines animaliers, faisais des pétitions et du porte-à-porte pour aider les associations. J’ai consacré tous mes mercredis et mes week-ends à faire du bénévolat dans les refuges animaliers. J’ai très vite compris la cruauté dont l’Homme était capable envers les animaux, raison pour laquelle j’ai souhaité devenir un acteur (et non un spectateur) qui mettrait un terme à cette souffrance.

À 17 ans, je me suis installé à Paris dans le seul but de consacrer ma vie à la protection animale. À mon arrivée dans la capitale, Nadia Fontenaille, présidente de la Société Protectrice des Oiseaux des Villes (SPOV) à Châtillon, m’a pris sous son aile. J’ai appris à soigner les volatiles, et j’ai participé à de nombreux sauvetages. Puis, l’idée de créer ma propre association est naturellement née.

Association Stéphane Lamart© Association Stéphane Lamart

Quelles sont les missions principales de votre association ?

L’association Stéphane Lamart s’est orientée vers un combat judiciaire (dépôts de plainte, procès, interventions devant les députés…) pour faire évoluer les droits des animaux.

Au fil des années, plusieurs avancées majeures ont vu le jour sous notre impulsion : la création d’un fichier national des personnes condamnées par la justice à ne plus détenir d’animaux à la suite de maltraitance ; l’interdiction des manèges à poneys ; la création d'une circonstance aggravante en cas d'actes de cruauté commis sur des animaux détenus par des agents dans l'exercice de leur mission. Nous mettons également en place des actions pour secourir les chiens destinés au festival de Yulin.

En parallèle, l’association gère 2 refuges en Normandie et un troisième en Île-de-France. Plus de 300 chiens, chats et animaux de ferme y sont accueillis chaque année. Nos équipes prennent en charge des animaux sauvés de maltraitance ou d’euthanasie de fourrière, mais aussi abandonnés par leurs propriétaires. Cela représente plus de 150 000 € de frais vétérinaires par an… En 2022, nous avons reçu 495 signalements de maltraitance. Cela a débouché sur 120 procès. Enfin, nous avons fait adopter plus de 300 animaux.

J’ai souhaité devenir un acteur (et non un spectateur) qui mettrait un terme à cette souffrance.

L’association est en passe de devenir une fondation. Pourquoi ce choix et qu’est-ce que ce statut va changer ?

L’association Stéphane Lamart a été créée le 8 mars 2000. 13 ans plus tard, elle a été reconnue d’utilité publique. La faire évoluer en une fondation s’avère donc une suite logique.

Association Stéphane Lamart© Association Stéphane Lamart

Pour information, notre statut actuel nous permet de recevoir des legs et des héritages. Grâce à nos donateurs, nos adhérents et nos testateurs, nous pouvons accomplir notre travail auprès des animaux : payer les factures vétérinaires, réaliser des sauvetages, gérer nos refuges… Lorsque nous héritons d’appartements ou de maisons, nous les conservons dans le patrimoine de l’association afin d’engendrer des revenus locatifs tous les mois. Ainsi, quand une personne décède, elle continue de contribuer à la protection animale à travers des dons par l’encaissement des loyers. En tant qu’association, l’État prélève une taxe de 24 %. Le montant est de 0 pour les fondations. C’est donc intéressant.

Mais le plus important, c’est que l’association puisse me survivre. Lui attribuer le statut de fondation la rendra pérenne, et permettra d’élargir nos actions à l’étranger. Il y a 23 ans, j’ai créé cet organisme pour aider les animaux en détresse et réaliser des dépôts de plainte. Finalement, il a pris beaucoup plus d’ampleur que je ne pouvais l’espérer !

Quels sont les moyens les plus efficaces pour soutenir l’association Stéphane Lamart ?

Il y a 3 manières principales de nous soutenir. La première, c’est en devenant bénévole. L’association a besoin de bras pour faire connaître ses missions et sensibiliser aux droits des animaux ; mais également d’enquêteurs. Ensuite, c’est en se constituant famille d’accueil. L’objectif ? Héberger un animal à son domicile le temps de lui trouver des adoptants. Enfin, le public peut nous aider financièrement à travers des dons. Ces derniers nous permettent de payer les factures vétérinaires, ainsi que l’alimentation des animaux, leur hébergement et leur transport. Pour aller plus loin, les personnes souhaitant laisser leur empreinte dans la protection animale peuvent effectuer un legs.

Nous avons tous une mission sur Terre, je connais la mienne.

Vous êtes dans la protection animale depuis de nombreuses années. Avez-vous observé de réels changements ?

On observe une prise de conscience croissante, et un meilleur accueil par de nombreux policiers lors des dépôts de plainte. Aujourd’hui, nos demandes sont mieux prises en compte, notamment depuis l’annonce de Gérald Darmanin concernant les référents à la protection animale dans les commissariats et les gendarmeries. En outre, on voit que la jeunesse se dresse de plus en plus contre toute forme de souffrance, manifeste dans les rues et veut davantage sauver les animaux (mais aussi l’environnement !).

Association Stéphane Lamart© Association Stéphane Lamart

Toutefois, on est confronté au même scénario chaque année : trop nombreux sont les chiens et les chats abandonnés. Il y a une véritable augmentation des abandons. En 2023, la vague d’abandons est apparue dès le mois de juin, alors qu’on récupère habituellement des animaux courant juillet…

Comment s’engager dans la protection animale ?

Il y a plusieurs façons de s’engager dans la protection animale. Celles et ceux ayant des obligations professionnelles ou familiales peuvent aider les associations de manière ponctuelle. D’autres – comme moi – y consacrent leur vie, renoncent aux loisirs personnels et ne vivent que pour les animaux.

Il y a tellement de souffrance animale dans le monde, que je n’ai pas le temps d’avoir une vie de famille. Ainsi, je dédie 100 % de mon quotidien à la cause animale. Nous avons tous une mission sur Terre, je connais la mienne.

Je pense que le fait de tout sacrifier pour la cause animale explique en partie la réussite de mon organisme. Bien sûr, des hommes et des femmes oeuvrent régulièrement pour l’association. Ils contribuent à son succès, et je leur en suis reconnaissant.

Pour vous, c’est le combat de toute une vie…

Je suis né pour les animaux et je mourrai pour eux. Je continuerai à les défendre et à me battre pour eux jusqu’à mon dernier souffle. On n’est pas éternels, raison pour laquelle je n’ai pas de temps à perdre avec des broutilles, comme les querelles de voisinage ou encore la jalousie entre associations…

Association Stéphane Lamart© Association Stéphane Lamart

Je veux que mon passage sur Terre soit profitable aux animaux, c’est donc effectivement le combat de toute une vie. Des personnes sont nées pour chanter sur scène, certaines pour devenir médecins et rien d’autre : c’est mon cas avec la protection animale. J’ai la chance de me connaître au plus profond de mon âme, de savoir exactement ce que je veux dans la vie et de me dire que je peux défendre les animaux.

Mon plus beau souvenir est d’avoir arraché des animaux à la mort.

Quel est votre plus beau souvenir au sein de l’association ?

Association Stéphane Lamart© Association Stéphane Lamart

Mon plus beau souvenir est d’avoir arraché des animaux à la mort. Je suis végétarien depuis l’âge de 17 ans. Et ce qui me fend le plus le coeur ? Croiser le regard des animaux dans les véhicules d’abattoir, qui savent qu’ils vont mourir. Ces camions de la mort m’horrifient, et me font penser aux personnes envoyées dans les camps de concentration… J’estime que l’on peut manger et se vêtir différemment sans occasionner de souffrance animale.

Il y a quelques années, une vache a fait l’actualité après s’être échappée d’un abattoir et avoir tout cassé sur son chemin. Par la suite, elle a trouvé refuge dans la cour d’une entreprise. Nous l’avons rachetée et sauvée. Baptisée Marguerite, elle vit désormais sa meilleure vie et mourra de sa belle mort, au lieu de finir dans l’estomac d’un humain.

Pour conclure, Stéphane Lamart, vous êtes un amoureux de la vie !

Oui ! J’aime la vie et je la croque à pleines dents. J’adore me promener pieds nus dans l’herbe, capter l’énergie des arbres et de la terre, sentir l’odeur de la pluie, caresser l’eau, mais aussi regarder le ciel.

Ne pas manger de cadavre, c’est ne pas se polluer soi-même et être en harmonie avec la nature. Je ne mange ni viande ni poisson, ne porte pas de cuir et n’utilise aucun produit testé sur les animaux. Je fais en sorte de n’occasionner aucune souffrance autour de moi. À 42 ans, je suis en harmonie avec moi-même. Je n’ai maltraité aucun animal et j’ai sauvé des vies. J’ai une future fondation qui me survivra et continuera mon combat.

Propos recueillis par Joséphine Voisart