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Des chercheurs font jouer les chiens pour repérer un déclin cognitif dès 7 ou 8 ans

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Quand un chien vieillissant se perd dans sa propre maison ou se montre plus anxieux qu'avant, il peut s'agir de signes de démence ; le déclin, lui, a parfois commencé des années plus tôt. C'est ce décalage que des chercheurs de l'Université d'Arizona, aux États-Unis, ont voulu combler avec CANID, relayait son site University of Arizona News. Leur évaluation d'environ 40 minutes, construite autour de 3 jeux de friandises, met en évidence des troubles discrets apparaissant dès 7 ou 8 ans.

Illustration : "Des chercheurs font jouer les chiens pour repérer un déclin cognitif dès 7 ou 8 ans"

Derrière le sigle CANID, pour Cognitive Assessment for Neuropsychological Impairments in Dogs (évaluation cognitive des troubles neuropsychologiques chez les chiens), se cachent 3 tâches simples qui mesurent la mémoire et la souplesse du comportement. Les signes manifestes de démence, eux, n'apparaissent généralement que vers 12 à 14 ans. L'étude, récemment publiée dans la revue Animal Cognition, a été dirigée par Stephanie Hargrave, doctorante en psychologie, tandis qu'Evan MacLean, professeur à la faculté de médecine vétérinaire de l'Université d'Arizona, en est l'auteur senior.

La plupart des outils de dépistage du déclin cognitif disponibles aujourd'hui sont des questionnaires destinés aux propriétaires, qui ne repèrent le problème qu'une fois celui-ci devenu évident, souligne la doctorante. « Malheureusement, quand ces outils identifient un syndrome de dysfonctionnement cognitif canin, l'altération cognitive est souvent déjà assez sévère », constate-t-elle.

Mémoire, jeux et récompenses

Faute de pouvoir interroger un chien, les chercheurs ont préféré le laisser montrer de lui-même ce dont sa mémoire est capable. Impossible, en effet, de lui poser des questions ou de lui annoncer qu'il s'agit d'un test de mémoire, résume Evan MacLean. Les épreuves prennent donc la forme de jeux récompensés par des friandises, qui servent aussi à mesurer la capacité de l'animal à retenir une impulsion.

CANID ne se pratique pas pour autant dans le salon, puisqu'il exige du personnel formé et un matériel spécifique. Son intérêt est ailleurs : il permet aux scientifiques d'examiner un grand nombre de chiens et de comprendre ce qui garde un cerveau vieillissant en bonne santé, ce qui pourrait un jour nourrir des stratégies de prévention et de traitement.

Un tube, des barrières et des friandises

Pour commencer, l'équipe dépose une récompense à l'intérieur d'un cylindre en plastique transparent dont les 2 extrémités restent dégagées, et le chien assiste à la manœuvre. Il lui faut alors renoncer à pousser du museau contre la paroi et faire le tour pour atteindre l'ouverture, un réflexe de contournement qui s'émousse à mesure que les années passent.

Un petit chien noir et blanc penché sur un tube transparent, près d'une friandise

Vient ensuite la mémoire proprement dite. Une récompense est dissimulée derrière l'une de 4 barrières en bois, et le participant doit retrouver la bonne cachette après une attente pouvant atteindre 40 secondes, parfois troublée par une distraction.

Dernière étape, et la préférée d'Evan MacLean : le chien doit contourner une barrière pour atteindre la nourriture. À son insu, les chercheurs ferment discrètement l'un des passages derrière l'obstacle, puis en changent dès que l'animal a repéré la voie restée libre.

Un chien à poil long cherche une friandise au pied d'une barrière marquée d'un B

Les résultats des 3 jeux sont ensuite fondus en un score unique. L'équipe a évalué de cette manière 239 chiens à Tucson et en Californie, puis en a réexaminé une bonne partie 6 mois et 1 an plus tard : les scores sont restés stables, avec une constance comparable à celle des tests neuropsychologiques utilisés chez l'humain.

Les petits gabarits plus exposés que les géants

Ces données ont aussi confirmé un schéma que le laboratoire avait déjà observé à plusieurs reprises. On pourrait croire que les grandes races à l'espérance de vie plus courte, comme le Dogue Allemand, déclinent plus tôt. Ce n'est pas ainsi que les choses se passent, d'après Evan MacLean : le déclin cognitif ne suivrait qu'une seule trajectoire chez le chien. « Un grand chien meurt probablement avant d'atteindre le stade de cette trajectoire où il aurait connu une altération cognitive majeure », explique-t-il. Les petits gabarits, à l'image des Chihuahuas, vivent assez longtemps pour atteindre ce stade et sont donc davantage concernés.

Evan MacLean accroupi en extérieur, un bras autour de son chien Sisu

L'enjeu dépasse d'ailleurs la gent canine. Les vieux chiens atteints de démence peuvent développer dans le cerveau des plaques amyloïdes proches de celles observées dans la maladie d'Alzheimer. « Les chiens boivent la même eau que nous et respirent le même air », relève le chercheur, qui voit dans l'étude d'animaux partageant à ce point notre quotidien un fort potentiel de découvertes profitables aux 2 espèces.

« Un outil qui nous aidera à mener beaucoup de recherches importantes »

Les propriétaires des environs de Tucson qui se préoccupent du vieillissement de leur chien ont la possibilité de l'inscrire aux études menées par l'Arizona Canine Cognition Center. Dans le reste des États-Unis, le Dog Aging Project, un programme national qui suit 50 000 chiens et auquel l'université participe, accueille lui aussi des volontaires ; certains pourront y essayer une version simplifiée des jeux, pensée cette fois pour le salon. « Nous voyons dans le développement de CANID une étape passionnante : un outil qui nous aidera à mener beaucoup de recherches importantes », a déclaré Evan MacLean.

Pour Stephanie Hargrave, le sujet a également une dimension personnelle, puisque sa chienne Roxy, une croisée Chihuahua, aura 11 ans en janvier prochain. « Je m'intéresse particulièrement à ce que je peux faire pour prolonger sa santé cognitive et prévenir le déclin », indique la doctorante.

Photo de Kheireddine Ayari

Par Kheireddine Ayari
Rédacteur web

Féru de sport et amoureux des chiens depuis sa tendre enfance, Kheireddine est arrivé dans la rédaction web en 2008 un peu par hasard, porté par son amour des mots. Ayant grandi aux côtés d’un Boxer nommé Ulysse et partagé 12 belles années de sa vie avec Kalash, croisée Berger Allemand, il est plus que ravi d’écrire sur le merveilleux univers des animaux de compagnie.

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