Les chiens peuvent mieux digérer l’amidon que les loups, mais cette capacité varie selon les individus
Le chien serait-il mieux équipé que le loup pour digérer les glucides ? C’est en tout cas ce que suggèrent certaines adaptations génétiques apparues au cours de sa domestication. Mais peut-on pour autant parler d’une digestion « beaucoup plus efficace » ? Examinons cela ensemble.
Croquettes, riz, céréales… Les chiens semblent aujourd’hui bien différents de leurs ancêtres chasseurs lorsqu’il s’agit de leur alimentation. On entend d’ailleurs souvent dire que nos compagnons à 4 pattes digèrent mieux l’amidon que les loups. C’est en partie vrai et cette évolution pourrait notamment s’expliquer par des changements inscrits dans leur ADN.
Un gène qui témoigne de la domestication du chien
Avez-vous déjà entendu parler du gène AMY2B ? Il s’agit d’un gène qui participe à la production d’amylase pancréatique, une enzyme qui aide à dégrader l’amidon, un glucide présent notamment dans les céréales et certains végétaux.
Chez le loup, le nombre de copies de ce gène est généralement faible. Chez le chien, en revanche, il peut être beaucoup plus élevé, même si cela varie selon les individus et les populations. En simplifiant, davantage de copies du gène peuvent permettre de produire davantage d’amylase et donc de mieux exploiter les aliments riches en amidon.
Cette différence raconte une partie de l’histoire de nos compagnons canins. En se rapprochant progressivement des humains, les ancêtres des chiens ont probablement eu accès à de nouvelles ressources alimentaires comme des restes de repas, des céréales et d’autres aliments riches en amidon. Au fil des générations, les individus capables de mieux utiliser ces ressources ont pu être avantagés.
Des chercheurs de l’Université d’Uppsala* ont notamment identifié plusieurs régions du génome qui semblent avoir été façonnées par la domestication. Certaines sont liées au fonctionnement du cerveau et au comportement, tandis que d’autres participent à la digestion de l’amidon. Ces découvertes montrent à quel point la vie aux côtés des humains a pu transformer le chien, jusque dans son organisme.
Un carnivore opportuniste
Inutile pour autant de faire des raccourcis. S’il digère mieux l’amidon végétal que son ancêtre, le chien n’a pas abandonné son héritage alimentaire. Il reste parfaitement capable d’utiliser les nutriments d’origine animale et conserve un profil de carnivore opportuniste.
De même, nos compagnons canins ne digèrent pas tous les amidons de la même façon. Leur digestibilité dépend notamment de leur nature, mais aussi de la manière dont ils ont été préparés. La cuisson et certains procédés de transformation, comme le broyage ou l’extrusion, peuvent rendre l’amidon plus accessible aux enzymes digestives. À l’inverse, certaines transformations liées au refroidissement peuvent en rendre une partie moins digestible. La quantité consommée, la composition globale du repas et les caractéristiques propres à chaque chien peuvent également influencer la façon dont l’amidon est digéré.
En résumé, on peut dire que le gène AMY2B raconte une jolie histoire d’adaptation : celle d’un animal qui, en partageant progressivement la vie des humains, a appris à tirer parti de nouvelles ressources alimentaires. La domestication canine n’a donc pas transformé le loup en herbivore, mais elle a bel et bien laissé sa trace dans la façon dont le chien digère son repas.
*Axelsson, E., Ratnakumar, A., Arendt, ML. et al. « The genomic signature of dog domestication reveals adaptation to a starch-rich diet », Nature, 495, 360–364 (2013).
Par Ludivine Beaurin
Rédactrice web
Historienne reconvertie dans la rédaction web, Ludivine a toujours adoré l’écriture et les animaux. Maîtresse de 6 adorables chats, elle trouve beaucoup d’inspiration dans les facéties de ses boules de poils.