Bio-détection : la médecine prouve que les chiens peuvent détecter une chute de glycémie humaine
Ils savent repérer une odeur, retrouver une personne ou détecter certaines substances… Certains chiens peuvent même être entraînés à détecter les signes associés à une hypoglycémie. Mais ces alertes sont-elles vraiment fiables ? Une équipe de chercheurs a tenté de le vérifier en confrontant les réactions des chiens aux mesures de glucose.
Les chiens d’alerte médicale ont décidément un flair qui intrigue ! Pour aider les personnes atteintes de diabète de type 1, ils sont entraînés à repérer certains changements physiologiques, notamment ceux qui accompagnent une hypoglycémie. Mais que détectent-ils au juste ? C’est précisément la question que se sont posée Evan Los et ses collègues dans une étude publiée dans le Journal of Diabetes Science and Technology*. Leur objectif : aller au-delà des impressions rapportées par les propriétaires et mesurer, de façon plus objective, la fiabilité de ces fameux « diabetes alert dogs » dans leurs conditions de vie réelles. En somme, comprendre ce que le chien perçoit réellement lorsqu’il vient soudainement prévenir son humain que quelque chose ne tourne pas rond.
Des chiens utiles, mais pas infaillibles
Pour dépasser les seules impressions des propriétaires, les chercheurs ont ainsi étudié 8 personnes âgées de 4 à 48 ans, déjà accompagnées d’un chien spécialement dressé pour signaler les hypoglycémies. Les alertes spontanées des chiens ont été comparées à la glycémie capillaire et à une mesure continue du glucose (CGM), utilisée à l’aveugle. L’hypoglycémie était définie par une valeur inférieure à 70 mg/dL.
Les résultats sont encourageants, mais à nuancer. Les participants se disaient très satisfaits de leur chien (8,9/10) et globalement confiants dans sa capacité à détecter une hypoglycémie (7,9/10). Les chiens déclenchaient 3,2 fois plus d’alertes pendant les hypoglycémies que lorsque la glycémie était comprise entre 70 et 179 mg/dL. Pourtant, ils ne détectaient à temps que 36 % des épisodes, avec une valeur prédictive positive de seulement 12 %, en raison notamment de nombreuses fausses alertes. Et lorsque le chien et le CGM détectaient tous 2 une hypoglycémie, le CGM alertait avant le chien dans 73 % des cas, avec une avance médiane de 22 minutes. Les chiens semblent donc bien percevoir des changements associés à la baisse du glucose, mais leur alerte reste imparfaite.
Chiens d’alerte médicale : que sont-ils réellement capables de détecter ?
Si les chiens d’alerte médicale semblent bel et bien détecter un changement associé à la baisse de la glycémie, l’étude ne permet pas pour autant de conclure qu’ils « sentent le glucose » directement. L’une des hypothèses les plus intéressantes est plutôt celle d’un changement de l’odeur corporelle lié à des composés organiques volatils (COV). Ces molécules, produites par différents processus métaboliques, peuvent passer dans l’air expiré, la transpiration ou d’autres sécrétions corporelles et modifier subtilement la signature olfactive d’une personne. Or, le nez d’un chien est particulièrement sensible à de très faibles concentrations de molécules odorantes : il pourrait donc repérer ces variations avant même qu’elles soient perceptibles pour nous.
Parmi les COV étudiés dans ce contexte, l’isoprène est particulièrement intrigant. Certaines recherches suggèrent que sa concentration dans l’air expiré peut varier avec les fluctuations de la glycémie, notamment lors d’une hypoglycémie. L’idée serait donc que le chien ne « détecte pas le sucre », mais qu’il reconnait une véritable signature olfactive associée aux changements métaboliques qui accompagnent la baisse de la glycémie. Cette piste reste toutefois à confirmer : plusieurs COV pourraient être impliqués, et il est encore difficile de déterminer précisément quelle combinaison de molécules constitue le signal utilisé par les chiens.
En attendant, les chiens d'alerte médicale restent de précieux alliés au quotidien pour les personnes atteintes de diabète, même s'ils ne remplacent pas les outils de surveillance du glucose.
*Los EA, et al., « Reliability of Trained Dogs to Alert to Hypoglycemia in Patients With Type 1 Diabetes », Journal of Diabetes Science and Technology, 2017 May ;11(3):506-512.
Par Ludivine Beaurin
Rédactrice web
Historienne reconvertie dans la rédaction web, Ludivine a toujours adoré l’écriture et les animaux. Maîtresse de 6 adorables chats, elle trouve beaucoup d’inspiration dans les facéties de ses boules de poils.